Dans le document d’intention envoyé à l’occasion de l’ invitation à participer à la Biennale du Havre 2012, The Bells Angels, constitué de Simon Bernheim et Julien Sirjacq, proposait de créer un « dispositif d’édition ». Un projet qui capterait et transcrirait la singularité de cette ville à l’architecture singulière où les différentes formes de sous-cultures qui cohabitent dans ce lieu de transit sont soumises à d’importants flux, qu’ils soit marchands ou humains. The Bells Angels déclarait que l’oeuvre créée, in situ, prendrait la forme d’une enquête, d’une investigation, sur des milieux et des activités spécifiques de la ville.

 

Ils ajoutaient :« Nous allons nous immerger dans deux univers culturels radicalement opposés l’un à l’autre, effectuer une recherche à la fois photographique et sonore. Ce travail sera documenté dans une édition, un fanzine élaboré sur place dans un local attenant à l’espace d’exposition, tandis que les enregistrements d’entretiens, de concerts, de discussions feront l’objet du disque vinyle ».

 

Ainsi, dès le mois de septembre, le duo d’artistes parcourait la ville du Havre, observant les particularités locales, buvant des coups, jusqu’au bout de la nuit, avec la scène musicale, tout en dialoguant, au long du jour, avec les dockers. À l’exemple de ce moment, où assistant à la cérémonie de la pause de stèle en hommage aux dockers victimes de l’amiante, ils eurent l’idée de faire sonner dans l’espace d’exposition, pendant toute la biennale, à des heures aléatoires, la cloche qui, pendant 51 ans, avait rythmé la journée de travail de milliers de dockers. Cette stratégie d’immersion et d’observation les a aussi conduit à percer la cimaise du traditionnel espace exposition du Musée Maritime, pour y créer un greffon, un module d’expansion. Une petite fabrique, signalée par une luminosité rouge, improvisée, mais construite avec soin, dans laquelle, ils ont déposé photocopieuse, ciseaux, colles ; des outils low tech, qui leur sont nécessaire à la propagation, affichage et distribution, de documents empruntés au stock d’ archives du lieu, qu’ils ont collectés, photocopiés, puis modifiés.

 

Car, et c’est une importante spécificité des Bells Angels, leurs différentes interventions, en amont et en aval du temps de l’exposition, mettent en avant les processus
de création. Elles se constituent en expériences avant de créer ce qu’ils nomment « un champ étendu de l’édition » où compilation, collage, trace, mémoire, artisanat, autobiographie, rencontre, permettent les glissements sémantiques que le duo d’artistes affectionne.

 

Curator : Alain Berland